Violence Sociale et paranoïa

J’aime mieux une injustice qu’un désordre.

Johann Wolfgang von Goethe

Depuis toujours, la Camarilla est un théâtre politique vivant, où les semblables se battent pour l’obtention de faveurs et de statut ou simplement pour le frisson d’une passe d’armes verbale, la satisfaction d’un triomphe d’estime, pour se sentir exister encore une nuit et tromper l’ennui de l’immortalité.

De la violence sociale

Dans un environnement comme celui-ci, maintenir sa réputation est un travail de tous les instants. Un pas de travers dans la toile sociale de la Tour d’Ivoire et c’est la chute assurée. Et au sein de la Camarilla, où le pouvoir et la domination sont une quête constante, une perte de popularité peut avoir des conséquences pires que la mort. On ne meurt qu’une fois mais les quolibets peuvent vous suivre longtemps.

Inutile de recourir à la force car, dans les cours des princes, la violence à visage découvert est méprisée. Il est attendu d’un semblable qu’il contrôle sa Bête et ne recourt pas à des expédients vulgaires pour contrer une insulte ou faire reculer un opposant politique. Les semblables ont des motivations bien plus profondes que l’aspiration à la violence physique et à la destruction : la survie et le besoin de contrôle. Étant immortels, les vampires préfèrent soumettre leurs opposants plutôt que de les détruire, se créant ainsi des décennies d’amusement et un rappel permanent de leur supériorité.

Lorsqu’il a compris que tout ce qui l’entoure, y compris ses frères, peuvent devenir ses ennemis, le vampire est devenu une créature solitaire. Pourtant il a créé des cours, des sectes et il tisse des liens avec d’autres semblables pour conserver son humanité et se préserver de la folie. Regrouper toutes ces créatures solitaires sous un même dogme apporte une certaine forme de sécurité. Les vampires sont forcés à la coopération pour assurer la survie du plus grand nombre et donc la leur. Rivalités et alliances s’entrecroisent, formant une vaste mosaïque aux mouvements imprévisibles variant au gré des changements et rebondissements politiques

Tuer un autre vampire pouvant représenter une menace pour le bien commun, la violence sociale, née du paradoxe entre la solitude et la survie, est devenue le seul exutoire des semblables dans les cours. Elle permet de canaliser les conflits et mettre à mal un opposant sans fragiliser la stabilité des remparts invisibles qui protègent l’ensemble de la secte.

La fondation de la Tour d’Ivoire a causé la codification de nombre de coutumes vampiriques au sein d’un système mondial, régissant ainsi la violence sociale sous un ensemble de loi et qui place une bonne part de pouvoir entre les mains d’un poste connu sous le nom de Harpie. Une Harpie capable est un arbitre des convenances sociales, un propagandiste pour le dogme de la Camarilla, un courtier faisant ses calculs en faveurs en s’assurant que l’économie locale est saine et un courtisan qui sait faire de chaque soirée une réussite. Faveurs et scandales font depuis longtemps partie de la société des semblables et depuis les temps les plus anciens, les Harpies s’assurent que les usages soient respectés, les faveurs enregistrées et payées.

Une harpie est le prédateur verbale ultime, elle est au sommet de la chaîne alimentaire sociale du domaine. Une Harpie habile peut murmurer un mot dans la bonne oreille et causer un dommage irréparable à la réputation d’un semblable, fût-il prince. Et ne serait-ce que pour cette raison, les harpies sont craintes. Elle peut amener la cour à ignorer un semblable qui lui aurait manqué de respect, et punir toutes personnes montrant de la sympathie pour sa cible. Une exclusion sociale ou une insulte mordante envoyée au bon moment peut faire plus de mal à un ancien que n’importe quelle lame.

Un semblable humilié de la sorte se retrouve dans une situation inextricable. Il ne peut pas quitter l’Elyseum sans ajouter à son ridicule et risquer d’attirer une nouvelle fois les foudres de la harpie, qui le punira de quitter la soirée en avance et sans son autorisation. Même un prince n’a pas son mot à dire sur les punitions de sa harpie, qui est soutenue par le conseil des primogènes. Il pourrait tenter de la chasser du domaine, mais ce serait un aveu d’échec, donnerait raison à la harpie et jetterait le discrédit sur lui aux yeux de sa cour.

Une Harpie a pour tâche de veiller à la bienséance des soirées en Elyseum (à ne pas confondre avec le rôle du Gardien de l’Elyseum qui lui, assure la sécurité). Elle veille au respect des statuts et des faveurs, propage les rumeurs et les scandales et distribue l’acclamation ou l’opprobre sur les semblables en fonction de leurs actions et de leur comportement. Elle veille à ce que les semblables assistent à la soirée jusqu’au bout, et n’hésite pas à moquer ceux qui sortent de l’Elyseum sans une excuse, une autorisation, ou une faveur.

Un tel environnement peut être toxique pour un jeune vampire non préparé ou pour un semblable sur qui l’opprobre est jetée. Cela peut parfois amener à des frénésies, aux conséquences naturellement fâcheuses. Dans sa non-vie, un semblable prendra rapidement l’habitude des piques des harpies et apprendra parfois à y répondre justement. Les harpies valorisent toujours un semblable qui sait se défendre sur leur propre terrain, et peuvent même parfois en faire un assistant, qui jouira du même respect.

Note aux joueurs

Un tel jeu implique de savoir faire la part des choses entre Jeu et Réalité. Une Harpie qui attaque doit toujours s’en prendre à un personnage et non à un joueur, et toujours pour quelque chose que le personnage a fait. A l’inverse, un joueur ne doit pas prendre personnellement une attaque de Harpie. Les organisateurs se réservent le droit de mettre en garde une Harpie ou un joueur qui n’agit pas de manière RolePlay et/ou FairPlay.
Ce genre de scène peut aussi être éprouvante pour les nerfs si elle dure ou si elle est trop violente, n’hésitez pas à utiliser les Safe Words à votre disposition pour gérer la scène.

Vampire et Paranoia

C’est grave de s’obliger à ressembler à tout le monde : cela provoque des névroses, des psychoses, des paranoïas.

Véronika décide de mourir – Paulo Coelho

Dans l’univers rude et violent qu’est le Monde des Ténèbres, même les vampires ne sont pas sereins lorsqu’ils rôdent la nuit dans les rues. Et ce sentiment d’insécurité et de paranoïa constante n’a fait qu’empirer au cours du dernier siècle.

Tout d’abord, la Semaine des Cauchemars a vu disparaître une grande partie du clan Ravnos. Une semaine seulement, pendant laquelle des vampires en frénésies, tous frères de clans, se sont entre-tués et entre-dévorés. Un clan complet décimé en 7 jours.

Puis ce fut l’apparition de l’Etoile Rouge et le début des Nuits de la Tourmente. L’arrivée de l’astre fut interprétée comme la preuve prophétique de la Fin des Temps par le Sabbat, qui s’empressa de partir en guerre contre tous ceux qui ne rejoignaient pas leur dogme, se moquant bien de la Mascarade. Des organisations de mortels se sont alors mis en tête de traquer et d’abattre cette menace impie et surnaturelle. A cette époque, aucun vampire n’était à l’abri. La Tour d’Ivoire ferma ses lourdes portes et entra dans un état de Mascarade Profonde*. Elle décida d’éradiquer tout ce qui pouvait nuir à la Camarilla ou à la survie de ses membres, en commençant par les Caïtiffs.

Les Nuits de la Tourmente prirent fin en 2009. Mais la Tour d’Ivoire n’a pas baissé sa garde pour autant et l’état de Mascarade Profonde est encore en vigueur, forçant les vampires à faire très attention à leur comportement. Même le Sabbat dû se calmer et est devenu étrangement silencieux. Passer 10 ans à se faire traquer, décapiter et brûler par des mortels semble avoir remis en cause quelques principes fondamentaux, fussent-ils pluri-centenaires.

Depuis ces nuits, qui sont encore vives dans l’esprit de beaucoup de semblables, un vampire ne se sent en sécurité qu’en 2 endroits :

  • Son propre havre, dont il garde jalousement la localisation secrète. Connaître la localisation du havre d’un semblable, c’est connaître son plus gros point faible : l’endroit où il réside sans défense, le jour, pendant son sommeil forcé. Certains vampires possèdent des havres secondaires pour les invitations, mais maintenir le secret et l’entretien de plusieurs lieux peut s’avérer coûteux et compliqué.
  • L’Elyseum, dont la sécurité optimale est assurée par des goules armées et prêtes à intervenir. Un semblable ne quitte la sécurité d’un Elyseum que s’il n’a pas le choix ou pour rentrer chez lui. Il peut faire appel à ses serviteurs pour enquêter à l’extérieur et préparer le terrain. Il est extrêmement mal vu de sortir d’un Elyseum sans y être invité ou avant l’arrivé de l’aurore. Les harpies sont là pour rappeler à l’ordre les contrevenants. Par-dessus tout, le respect d’un Elyseum est quasi religieux, et le non-respect de celui-ci coûte cher. Aussi, les Semblables ont pris l’habitude de s’y rencontrer sans craindre pour leur intégrité.

Dans les Hauts-de-Seine, les vampires ont aussi traversé leur lot d’événements perturbants. La lutte contre le Sabbat a laissé des traces et de nombreux vampires ont connu la mort finale dans le conflit. La fin des combats a également connu son lot de trahisons, de vengeance, de ressentiment et les vieilles histoires poussent chaque membre d’une cour à choisir ses allié(e)s avec précaution et à redoubler de prudence.

Sur La Défense, le départ du Métaphysicien, figure emblématique du quartier des affaires, a causé bien des bouleversements et il semble que la présence de Barnabeus La Chapelle, qui lui a succédé à la tête du domaine, ait laissé chez certains un souvenir amer. Si la situation semble s’être apaisée depuis son départ en 2005, des rancœurs se sont cristallisées et sont encore palpables.

En 2011, le Sabbat fait tomber la cité d’Ys. Cet événement vient naturellement renforcer la paranoïa naturelle des vampires qui redoubleront encore de prudence. Si la Camarilla s’est chargée de nettoyer les lieux, l’interdiction de chasser dans la ville d’Issy-les-Moulineaux et la désertion des terres laisse penser que quelque chose rôde encore là bas.

* Mascarade Profonde : rempart de sécurité mis en place suite à une décision des hautes instances de la Camarilla durant les Nuits de la Tourmente. Cela rend la Mascarade encore plus contraignante, et les sanctions plus expéditives.

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