Jouons-nous à l’envers en GN ?

Nous avons été nombreux, GNistes, à avoir mis les pieds dans le GN par des œuvres telles que Dieu est mort ou la Camarilla. Des jeux qui insistent sur le fait de cacher ses secrets, se planquer, se couvrir…

Seulement ce genre de jeu a un problème systémique. Problème qu’il faut peut-être analyser pour le corriger, comme le propose John Wick. Jouons-nous à l’envers ?

Avant propos

Notez qu’il s’agit de réflexions personnelles et non de choix établis dans le cadre de nos GNs.

Ce sont des pistes sympathiques, à débattre, certaines seront mises en oeuvre, d’autres pas.

Vos retours nous guideront, en sachant que nous n’avons aucun soucis à l’idée de partir loin des conventions établies.

Le syndrome de la perle cachée

Ami joueur, avez-vous déjà créé un personnage riche, avec un background développé ? Vous êtes vous déjà retrouvé à dire : « mais personne s’intéresse à lui, à cette histoire incroyable que j’ai écrite ». J’ai déjà eu cette réflexion innocente d’une dizaine de joueurs à la Camarilla.

A l’inverse, un souvenir amusant d’une table où j’étais conteur, c’était cette joueuse – dont tous les joueurs connaissaient le secret HJ, mais pas EJ : elle était Salubri. Joueuse qui du discuter et négocier avec sa pire némésis (Etrius le Tremere).

Officiellement, les autres personnages joueurs ne savaient rien. Officieusement, les joueurs avaient le souffle coupé, sachant qu’à la moindre gaffe, au moindre instant où son secret était dévoilé, elle risquait la mort. La tension était palpable et j’ai rarement eu une table plus silencieuse et attentive.

Que ça soit PJ ou PNJ, nous voulons briller, intéresser par nos personnages. C’est humain et ça n’a rien de choquant. Seulement, ne rêvons pas, l’occasion de balancer vos 15 pages de background seront rares, voire nulles. Et la plus part des autres PJs s’en contrefoutent. Hélas.

En tant que MJ, j’ai déjà envisagé d’interdire les backgrounds de 15 pages ; une seule page, bien écrite est souvent suffisante. Mais ce que je propose, c’est de vous poser, vous joueurs, en gestionnaires de votre personnage.

Pas seulement en tant qu’interprète du rôle mais en tant que possesseur et organisateur.

Comment faire que les gens s’intéressent à mes secrets ?

Comme le dit Fight Club « Vous n’êtes pas exceptionnels, vous n’êtes pas un flocon de neige merveilleux et unique ». Le monde nous le répète sans arrêt. Et pourtant on a envie d’être cool en GN. Comment ?

Le meilleur moyen, c’est d’organiser la chose en coordination avec votre MJ : donnez des billes, des clefs, aux autres joueurs, voire pire, organisez avec d’autres joueurs le fait que votre secret sera dévoilé.

Attention à ne pas faire ça pour tout : je déteste – et je ne suis pas le seul – ces PJs qui pensent trop en MJ : « alors lui c’est un antagoniste donc il peut pas faire ça, etc ». Ne cherchez pas à comprendre les arcanes de la pensée de votre MJ.

Vous seriez forcément à coté de la plaque.

Non ce que je vous propose, c’est d’organiser la mise à nue de votre personnage, sa mise sur le grill. En balançant des os à ronger aux autres joueurs, prévus avec le MJ.

Vous verrez vos possibilités de jeu se décupler, entre les gens qui voudront en savoir plus sur ce qui se passe, ceux qui deviendront vos amis (ou ennemis) à cause de ce secret… Ne vous contentez pas de tendre une perche à vos MJs, sachez aussi la créer avec eux.

Jetez-vous dans le grand bain vous-même !

Corollaire : mais pourquoi tu fais ça ?

Ne vous-est il jamais arrivé (à vous ou un joueur de votre entourage) de faire un truc qui vous a semblé évident selon votre background, mais que les autres joueurs n’ont pas compris.

« Mais pourquoi tu fais ça, c’est illogique !?

Ben non, si tu lis mon BG page 40, il est dit que je supporte pas ce genre de situation.

Mais… Je suis joueur, je ne pourrai jamais le lire ton BG.  C’était pas compréhensible. 

– Evidemment j’ai caché sa situation, sinon les gens auraient joué sur sa faiblesse hé ! ».

La réponse est la même : arrêtez de cacher ce qui fera le sel de la partie, ces éléments qui seront d’autant de tribulations que votre PJ va connaître, dévoilez les, montrez vos couleurs et vos limites.

Le mieux c’est de faire en sorte que tout le monde sache (subtilement) que telle situation est insupportable pour votre personnage et qu’il réagira mal le jour où ça arrive. Installez la poudre et attendez que d’autres appuient sur le détonateur. Jouez avec le feu ! Jouez pour en chier !

Attention à ne pas surjouer pour autant, il n’y a rien de plus pénible qu’un joueur répétant sans raison, toujours la même info sur son personnage.

Et le jour où ça arrive, boom !

Un excellent exemple apporté par John Wick (oui, encore lui) c’est celui de ce personnage féminin, qui dans son historique, était clairement annoncé comme détestant les sorciers. La joueuse l’a fait comprendre aux autres joueurs.

Un jour, elle a appris qu’un autre personnage était un sorcier illégal, le truc qu’elle déteste. Les autres joueurs se sont rapidement écartés de son chemin, alors qu’elle arrivait furibarde pour lui faire la peau. Le fait que John brandisse un étendard « Risques et périls » derrière elle était la cerise sur le gâteau de tension narrative (cf l’article sur le fait de tuer les PJs)

D’autres lui ont proposé d’organiser avant les challenges, pour quand elle débarque furieuse (afin de faire une jolie scène où ils essayent de l’arrêter).

Bref ça a généré du jeu et de l’ambiance. Parce que tout le monde connaissait HJ ou EJ son secret et a pu organiser avec elle ce moment épique.

HJ et secret

Un autre exemple : imaginons deux personnages amoureux, d’un amour secret et caché. Personne ne sait qu’ils le sont, donc lorsque l’un des deux quitte l’autre, tout le monde s’en contrefout.

L’histoire a pu être cool pour les joueurs concernés, mais le reste du monde s’en fiche. Il n’y a pas de fun. Alors que dans le monde réel, le bitchage et les histoires de cul cachées, ça fait vivre des tas de magasines :p

Si à l’inverse tout le monde avait été au courant HJ de leur amour interdit, tout le monde guetterai le moindre signe de cet idylle, cherchant à découvrir le signe qui suffirait à prouver leur amour. Le tout surveillé par des conteurs, là pour éviter le méta.

Et lorsque la rupture survient, les joueurs sont affectés. Ils savent tout ce que les joueurs ont investi pour rester cachés. Ils sont impliqués émotionellement.

Oui mais alors si on dévoile les secrets… Tout le monde trichera ?

Si vous avez joué à un jeu à secret (comme la Camarilla) vous le savez déjà : le méta-jeu existe quoi qu’il arrive. Avec du secret HJ ou non, il y a risque de triche. Bon gré mal gré.

Alors qu’est ce que ça change, finalement que tout le monde le sache HJ ? Beaucoup savent déjà HJ et font déjà la distinction. le fait que votre secret sera dévoilé

1°) Que les gens savent ne signifie pas que le monde entier fera du méta dessus pour autant. Seuls quelques tricheurs le feront et c’est le genre de personne à ne pas inviter (donc autant les repérer tôt). Il faut faire confiance aux autres joueurs. Et virer les tricheurs ! Sinon autant ne pas jouer.

2°) En plus, vos MJs pourront ainsi être d’autant plus exigeants sur les preuves apportés par les autres joueurs : « Ah oui, tu as des preuves ? lesquelles ? ». Il faut faire confiance aux MJs et en leur capacité à exiger des preuves suffisantes.

Alors certes, tout cela part du postulat que la majorité des joueurs seront assez matures pour faire la distinction HJ/EJ. Et que vos conteurs sont corrects.

Si ces conditions ne sont pas respectées, autant arrêter le GN. Ou encore une fois, autant arrêter d’inviter les tricheurs.

Le principe de Columbo

Dans la série policière Columbo, ce qui fait le sel du plot, c’est que le spectateur sait exactement qui est le meurtrier, pourquoi il l’est, comment il a fait. Il sait tout. Il est donc d’autant plus jouissif de voir l’inspecteur Columbo tourner autour du meurtrier, découvrant les infimes preuves et déductions qui le feront tomber.

Concrètement, tout savoir ne rompt pas le charme, mais peut accélérer et renforcer le climax. Il n’y a rien de plus jouissif que d’entendre Columbo dire au tueur que lorsqu’il arrêterai le coupable, il sera le premier informé. Evidemment.

Les autres joueurs sont vos spectateurs. Donnez leur du spectacle ! Il n’y a rien de plus génial que de jouer un salaud (que tout le monde sait être un salaud HJ) mais qui est tellement poli, sympa, que tout le monde est contraint EJ de l’adorer.

C’est ce que Wick relie à l’honnête Iago, personnage clef de Shakespeare,  essentiel d’Othello : tous les spectateurs savent que c’est un salaud manipulateur, mais les personnages l’adorent, intelligent, séducteur et sympathique comme il est. Vous allez adorer le détester. Le fait de savoir que c’est un salaud et de le voir manipuler les gens crée une tension sans précédent.

Et si une série aussi moisie que Dallas (et d’autres) ont su utiliser ce ressort du salaud caché, pourquoi pas vous ?

Nous ne sommes pas spectateurs ?!

C’est là que vous faites fausse route. Vous êtes acteur/joueur, tous les autres joueurs sont vos spectateurs. Comme vous êtes spectateur des autres joueurs/acteurs.

Le GN est une oeuvre d’improvisation collective, où chacun s’empare du rôle d’acteur et de spectateur. Il n’y a pas d’audience, de spectateur, parce que les spectateurs c’est vous.

Et y a-t-il plus jouissif que de jouer un salaud, un manipulateur, que tout le monde le sache, et s’en sortir quand même, parce que personne n’a pu vous pincer ? Bien sûr, les rôles de Iago sont rares et nécessitent un sacré talent.

Mais même sans ça, il n’y a rien de plus jouissif que d’embarquer les autres dans ses histoires. Après tout, vous êtes les personnages, vous devez être au cœur de l’histoire !

Devenez acteur de votre drame

Là où ca devient intéressant c’est que vous pouvez créer ainsi vos histoires en prenant à partie les autres joueurs. Il est tentant de jouer le meilleur ami EJ de votre meilleur ami HJ. C’est sympa, mais c’est assez soft, convenu et sans risque.

Bref : c’est peu amusant.

On appelle ça du wheeling (orienter son RP pour retomber sur des éléments réconfortants HJ). Un truc assez mal vu par les GNistes,  pour son manque et d’originalité et de prise de risque, mais beaucoup trop fréquent en Camarilla, où certains comment moi le considèrent comme une forme de méta-jeu.

Si vous tenez à faire du wheeling en duo, faites le pour vous auto-mettre des bâtons dans les roues, en prenant les autres joueurs comme spectateurs. Pensez quand même à organiser ça sous l’égide bienveillante de vos MJs :

« Alors là, tu va découvrir mon coffre et tu dévoilera mon secret en public. Je serai furieux.

– Ah ouais cool ! Ca nous fera une scène dantesque. Je vais te poursuivre dans tout l’Elysium en te criant dessus. A la fin on se battra et ils seront obligé de nous séparer. Et là on va jurer de vouloir tuer l’autre.

– Carrément. Et là on se provoquera en duel, qu’on jouera à la partie d’après ! »

Avec un peu de sens de l’humour, du recul et de la précision – ainsi que l’aide précieuse de vos conteurs – vous pourriez faire une histoire digne de Dallas, où chaque épisode est riche d’aventures et de coups bas. Alors bien sûr, c’est gros et sale : mais il s’agit d’organiser votre chute, pas votre gloire. Une forme de reverse wheeling pour faire le show. Donnez de l’étoffe à votre personnage, faites en un acteur essentiel de l’histoire.

Si vous avez déjà eu un rival EJ vous savez à quel point, ça peut être fun quand c’est fait intelligemment. Et un vrai rival ne disparaît jamais, c’est un peu comme Naruto et Sasuka, ou Sangoku et Vegeta : c’est cette rivalité éternelle qui les pousse vers le haut. Mes métaphores sont de plus en plus fatou.

Pensez tout de même à laisser aussi la scène aux autres joueurs. Si vous privatisez l’histoire à votre seul profit, ca va saouler tout le monde très vite et vous allez vraiment vous faire des ennemis… HJ.

Donc le reverse wheeling c’est chacun son tour ! Le MJ est votre meilleur ami pour doser tout cela.

The world’s a stage

Finalement, qu’est ce qui compte ? Vous voulez que votre personnage soit vu et connu, que ses histoire marquent les autres, n’est ce pas ?

Alors lancez vous, créez-vous, avec l’aide des MJs, des secrets vraiment douloureux et pénibles et pas mortels, que l’on pourra dévoiler sur votre personnage.

Faites ça intelligemment. Oui parce que j’en ai vu qui se créaient des secrets si mortels que leurs personnages n’y ont pas survécu. Du coup difficile de faire du jeu une fois mort).

Ensuite trouvez votre pire ennemi EJ et organisez la chute. Votre chute ! C’est ce que j’appelle les 15 minutes de gloire. Chaque joueur devrait avoir son quart d’heure mémorable. Vous ne faites vraiment vos 15 minutes de gloire qu’en mettant votre personnage à genoux.

Souvenez vous de Die Hard : le héros n’est grand que parce qu’il se relève douloureusement.

Conclusion : soyez votre propre scénariste !

La Flagellation, du Caravage.
Ombre, Lumière et Coups de fouets : La Flagellation, du Caravage.

Un personnage de GN réussi, c’est comme un tableau du Caravage : un subtil échange entre ombre et lumière, qui mettent à nue l’âme.

Inventez des scandales qui créeront la part d’ombre, celle qui fera ressortir la part de lumière. Dévoilez vos secrets, mettez vous en danger. Créez avec d’autres vos péripéties.

Faites des autres joueurs les complices de vos secrets, en faisant en sorte que si les personnages ne le savent pas les joueurs salivent d’impatience à l’idée de savoir la suite.

Tant que ça vous dessert et que c’est fait en concertation claire et propre avec vos MJs, tout ça pourrait être génial.

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